De sa formation de graveur sur
verre Gilles Chabrier retient la maîtrise de la technique
du sablage. Rapidement la surface plane d'une plaque de verre
industriel ne lui suffit plus, il passe alors à la sculpture,
mettant à profit la profondeur et la transparence du
verre.
Le travail du verre à froid allié à du
métal ou encore à du béton, matériaux
moins nobles, lui permet de désacraliser la matière.
Des visages sont sculptés en taille directe de manière
assez brutale offrant une large part au caractère instantané
de l'émotion. Ils se placent avec cohérence dans
l'espace et nous soulignons ici la volonté du sculpteur
de parvenir à lier l'objet à son environnement...
... et de le faire vivre,
l'opposant parfois à l'idée traditionnelle que
nous pouvons nous faire du verre. Les pièces présentées
ici sont datées de 1993/l994. Il s'agit de faire part
d'un moment dans la création de Gilles Chabrier. Nous
retiendrons ses ambitions et ses recherches actuelles en tenant
compte des diverses expériences précédentes,
lesquelles constituent son vécu et font partie intégrante
de cette production.
Aujourd'hui Gilles Chabrier sculpte des têtes humaines
toutes différentes de par leurs dimensions, leur couleur,
leur mouvement et leur expression. Ces visages sont taillés
dans des blocs de verre dont l'artiste respecte la forme initiale,
laquelle suggère mouvement et forme.
Le nez apparaît comme premier indice de ce travail, il
constitue l'une des lignes de force de la composition, le plus
souvent réservé dans la structure de base. A la
taille succède le dépolissage au jet de sable
qui permet d'accentuer les volumes et d'adoucir les angles.
Par l'opposition des éléments taillés et
sablés se croise un jeu de contrastes de volumes qui
permet de nuancer avec subtilité les modèles.
La force de ces visages émane entre autres de l'importance
accordée à telle ou telle partie de la physionomie,
un nez proéminant, un menton en avant, leur donneront
une expression de volonté et de puissance. Les chevelures
sont un des éléments essentiels de ces têtes,
elles semblent projetées en arrière par un vent
imaginaire, donnant mouvement et dynamique à l'ensemble
et évoquant la spontanéité du geste du
sculpteur. Leur aspect fluide rappelle également le thème
de l'eau traité auparavant par Gilles Chabrier. Les figures
paraissent lutter contre une force naturelle, peut-être
les éléments que l'homme ne peut maîtriser.
Cette énergie
est ici accentuée par le dépassement de la technique
par le sculpteur. Peu d'artifices sont déployés,
un travail délicat de sablage est contre balancé
par l'aspect brut obtenu à la taille.